(Blog) Antoine-Frédéric

CC0 sauf mention contraire - étudiant en sociologie

Trois communautés prétendent au titre de « Web 3 » : les cryptomonnaies, le Fédivers, et Solid. En fait, Solid ne prétend pas vraiment au titre de Web 3, parce que l’éducation britannique de Tim Berners-Lee proscrit tant d’arrogance, mais leur page take3 définit le projet Solid comme une correction à mi-trajectoire du web.

Ce que ces visions ont en commun, c’est de considérer le web en plusieurs étapes : le « web 1 », sur lequel seuls des usagers techniques pouvaient publier, le « web 2 », qui a amené la publication de contenus aux publics non-techniques (Wikipédia, forumactif…), puis le « web 3 » que les communautés idoines prétendent représenter.

Les cryptomonnaies, tout d’abord : perçues par Yuki comme un jalon de la décentralisation de l’internet, ayant précédé d’autres protocoles comme IPFS, Raft, ou Backchannel, mais qui seraient bien aimables de n’être qu’un jalon conceptuel et pas un écosystème d’implémentations adoptées par des personnes à la moralité douteuse spéculant dessus sous la forme d’une pyramide de Ponzi et faisant brûler du charbon à des fermes de centaines de cartes graphiques tournant à plein régime pour « miner » des tokens (« preuve de travail ») selon le cours (spéculatif) de la cryptomonnaie.

L’un des projets les plus aboutis en cryptomonnaies, Mirror, est implémenté sur la chaîne de blocs Ethereum et me paraît associer conceptuellement la distribution et l’intégrité des informations (deux propriétés importantes en sécurité informatique) à des combinaisons de clés privées-clés publiques appelées « porte-monnaies », et donc à des transactions économiques.

Si on lit leur billet de blog « Mirror’s Suite of Web3 Tools is Now Open to All », le terme « web 3 » semble être une entreprise d’EEE mal dissimulée : EEE pour Embrace, Extend, Extinguish. Leur système d’invitations me fait penser à celui de ProtonMail : créer de l’attente autour d’une technologie nouvelle, faire passer la rareté pour de la valeur, et ouvrir les inscriptions.

Ensuite le Fédivers : il s’agit essentiellement d’un ensemble de services hébergés bénévolement, sous licence libre (AGPL), et interopérables. Lorsque deux serveurs communiquent entre eux, on dit qu’ils « fédèrent ». Il s’agit, par contrainte, d’un ensemble de technologies low-tech : par exemple PeerTube partage les vidéos en pair-à-pair, ce qui en fait une plateforme plus écologique que YouTube, qui doit continuellement acheter de nouvelles machines, dont la production coûte énormément d’énergie, pour pouvoir enregistrer et téléverser un flux continu de nouvelles vidéos.

L’un des objectifs poursuivis par le Fédivers est de permettre à plusieurs utilisateur·ices de communiquer à travers différents serveurs et donc de diminuer les coûts de changement d’hébergeur : contrairement à Facebook, si je quitte Misskey.io, je peux continuer à communiquer avec mes ami·es depuis une autre instance ; si une communauté de développeur·euses cesse d’être satisfaite du développement de Misskey, elle peut en reprendre le développement à un stade antérieur.

J’ai suivi en particulier le développement du protocole ActivityPub, dont la communauté de développeur·euses a d’abord implémenté des clones de Twitter (Mastodon, Pleroma, Misskey) et Instagram (Pixelfed) pour évoluer vers du partage de médias riches : vidéos, podcasts, musique ; de l’organisation d’événements dans le style de Facebook, mais interopérable et ouverte, avec Mobilizon ; et des plateformes de blog comme Plume et Write.Freely (un logiciel libre développé par Write.As, où j’héberge mon blog).

Dans ce contexte, « web 3 » me semble être la réponse à un problème inhérent au « web 2 » : une fois que les masses ont accès aux outils de publication, des hébergeurs comme Facebook les ont concentrées au sein de domaines centralisés, leur permettant d’interagir ensemble, et en y établissant des règles selon un arbitraire politiquement peu discuté.

Mais le Fédivers nécessite de se créer un compte pour chaque service. À l’inverse, Solid ne nécessite que de se créer un compte sur son « pod » : un serveur où seront hébergées toutes les données d’un individu, qui n’aura qu’à se connecter à son compte pour utiliser une application comme Solid Focus.

Solid ne gère pas simplement le SSO (il suffirait de saisir ses identifiants Mozilla Persona pour accéder à ses données personnelles) ; son protocole transfère les données pertinentes du pod à l’application. De la sorte, il n’est plus nécessaire, par exemple, de financer son instance Mastodon, et son instance Pixelfed, et son instance PeerTube : la plupart des coûts sont assumés par le pod, et il suffirait d’un abonnement annuel pour financer une installation optimisée pour la sécurité (plutôt que pour les interactions ou que sais-je). (Je sais que les failles de sécurité ne sont que des bugs informatiques et que la sécurité d’OpenBSD n’est qu’un effet secondaire de leur refus d’implémenter du code qui ne soit pas correct, mais une fuite de données vient généralement de l’exploitation d’une faille de sécurité dans un logiciel qui donne accès à un utilisateur qui peut accéder à des données confidentielles ; il s’agit alors d’un domaine mal sécurisé ; Solid centralise cette responsabilité et limite donc ce risque.)

Des sites hébergeant des données sensibles tels qu’Ashley Madison, site de rencontres adultères ayant été piraté, les données personnelles de leurs utilisateur·ices étant accessibles publiquement, ont tout intérêt à déplacer la responsabilité de garantir la confidentialité des données personnelles vers les pods Solid de leurs utilisateur·ices.

Alors que Mirror prétend développer un écosystème « web 3 » pour EEE le web tel que nous le connaissons, le Fédivers revendique ce terme pour se démarquer des travers socio-politiques du « web 2 ». Solid revendique le terme take3 comme une correction à mi-trajectoire du web et se démarque du Fédivers en hébergeant l’ensemble des données personnelles sur un seul compte.

9/100 #100DaysToOffload

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Écouter un son numérisé en FLAC, ce qui est rarement pris en charge par les enceintes sans fil, est une expérience évidemment plus proche du son acoustique qu’au format MP3, mais ce n’est pas envisageable sur un téléphone où l’espace de stockage est restreint, et encore moins en soirée (où l’usage d’un serveur audio comme musicpd(1) se transforme en contrôle lourdingue sur la playlist). En fait, le son d’un vinyle est acoustique et plus valorisé socialement que l’écoute de sa forme numérisée sur un SBC, qui est déjà un compromis pour des raisons économiques et pratiques, donc je pense qu’être pédant·e là-dessus est complètement irrationel. (Ce n’est pas une raison pour manquer de considération pour l’irrationalité d’un proche, mais il s’agit de faire attention à ses propres limites et de ne pas se l’approprier.)

Deux solutions se dégagent :

  1. À la maison, j’écoute ma musique en FLAC, hébergée sur un disque dur externe (à plateaux : vieux, lent, bon marché, durable) depuis un serveur musicpd(1) sur mon SBC (en l’occurrence une Raspberry Pi), que je contrôle avec des clients sur mon ordinateur et sur mon téléphone. Le SBC transmet le son comme n’importe quel ordinateur : en FLAC, sur une enceinte, depuis un câble jack. Si l’enceinte est éteinte ou que je débranche le câble jack, pas de musique.
  2. En mobilité, j’écoute ma musique en OGG avec l’instance Funkwhale de Nomagic. Pourquoi OGG ? Parce que les fichiers sont légèrement mieux compressés qu’en MP3. Je crois que du FLAC à l’OGG, la taille des fichiers est divisée par 20.

Télécharger les fichiers dans ces deux formats serait une perte de temps et un gaspillage de ressources, donc je les télécharge d’abord en FLAC, puis je les convertis avec ce script :

#!/bin/sh
# This script depends on the: id3v2, oggenc (vorbis-tools), and flac packages.

for a in *.flac
do
        OUTF=`echo "$a" | sed s/"\.flac$"/"\.ogg"/g`

        echo "*** Converting $a -> $OUTF";
        ARTIST=`metaflac "$a" --show-tag=ARTIST | sed s/.*=//g`
        TITLE=`metaflac "$a" --show-tag=TITLE | sed s/.*=//g`
        ALBUM=`metaflac "$a" --show-tag=ALBUM | sed s/.*=//g`
        GENRE=`metaflac "$a" --show-tag=GENRE | sed s/.*=//g`
        TRACKNUMBER=`metaflac "$a" --show-tag=TRACKNUMBER | sed s/.*=//g`
        DATE=`metaflac "$a" --show-tag=DATE | sed s/.*=//g`

        flac -c -d "$a" | oggenc -o "$OUTF" -
        
        # La pipe (|) envoie la sortie de `flac -c -d "$a"` à la
        # commande suivante (`oggenc(1)`), et le trait d’union
        # en fin de ligne (-) récupère l’entrée standard
        # vis-à-vis de la syntaxe.
        
        # Au lieu d’enregistrer le fichier .wav obtenu à partir
        # du fichier .flac, la pipe l’envoie directement
        # à la commande `oggenc(1)`, qui convertit les données
        # au format .ogg.

        # La syntaxe est donc la suivante :
        # oggenc -o "$OUTF" fichier.wav
        
        id3v2 -t "$TITLE" -T "$TRACKNUMBER" -a "$ARTIST" -A "$ALBUM" -g "$GENRE" -y "$DATE" "$OUTF"
        
done

ogg="/home/afr/Musique/ogg/"

mkdir -p "$ogg/$ARTIST"/"$ALBUM"
mv *.ogg "$ogg/$ARTIST"/"$ALBUM"/.
cp *.jpg "$ogg/$ARTIST"/"$ALBUM"/.
mv Art "$ogg/$ARTIST"/"$ALBUM"/.

Libre à vous de l’adapter selon vos besoins.

8/100 #100DaysToOffload

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Il y a un environ un mois, j’ai passé une heure à supprimer mes emails sur les 5 derniers mois. Je ne pense pas qu’il serait possible de supprimer ses emails de manière fluide dans un navigateur web, donc j’utilise Thunderbird, je commence à partir du début de l’année, et j’utilise quasiment exclusivement la touche « flèche vers le bas » et la touche « suppr ».

Concernant les services comme Twitter ou Quora qui me bombardent d’emails, je me suis rendu compte que si un service ne respectait pas ma boîte de réception, il ne me respecterait pas en tant qu’utilisateur (ou, concernant par exemple Uber, que citoyen), donc j’ai adopté le principe d’en supprimer mes comptes. Évidemment je dois faire des compromis ; mon compte Facebook me permet de reprendre contact avec des ami·es que je pensais avoir perdu de vue, donc je passe 5 minutes tous les jours à supprimer leurs emails. Mais il existe des alternatives ; par exemple si je veux perdre mon temps à lire les blagues de chercheur·euses en sociologie au lieu de lire leurs livres, je peux utiliser Pleroma plutôt que Twitter ; si je veux prendre un VTC, je peux utiliser FreeNOW au lieu de Uber (ou plus simplement appeler un taxi, un service antérieur à l’internet et qui ne nécessite pas de se créer un compte).

Les filtres mail et les suffixes devraient me permettre de trier les emails de Facebook pour par exemple m’afficher les anniversaires (en supprimant les emails venant de facebookmail.com ou envoyés à af+facebook-spam@example.com dont l’objet ne contient pas le mot “anniversaire”) mais ce n’est pas, pour moi, une priorité. Comme dans cet exemple, on peut ajouter un + entre le nom d’utilisateur et l’arobase qui indique le nom de domaine ; on recevra les emails dans sa boîte de réception mais on pourra les trier automatiquement avec des filtres.

Pendant environ un an, j’ai été abonné à une liste mail, ce qui implique 5000 emails non-lus. Heureusement le logiciel Sympa ajoute le nom de la liste entre crochets dans tous les sujets d’emails, donc je n’ai eu qu’à entrer le nom de la liste mail entre crochets dans le filtre rapide pour déplacer les messages dans un dossier (j’aurais aussi pu supprimer 5000 emails d’un seul coup). Dans un navigateur web, ça aurait été 50 par 50, donc une opération fastidieuse mais largement moins qu’y trier ses emails un par un.

Il est aussi possible de faire ça plus proprement en créant un filtre prenant à la fois le contenu de l’objet, et le nom de domaine depuis lequel l’email est envoyé, comme paramètres.

7/100 #100DaysToOffload

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Vous voulez modder votre interface graphique, ce qui signifie « utiliser des logiciels minimalistes et configurables pour donner une charte graphique et un comportement cohérents à l’ensemble ». C’est un hobby, donc une manière d’occuper son temps, qui implique à la fois des goûts et des compétences visuellement, en termes de matières, de couleurs, etc., et des compétences techniques, pour configurer des logiciels, lire de la documentation, etc. Cela peut donc être un hobby particulièrement chronophage, et la meilleure manière de s’y mettre sérieusement est de se documenter, avec des livres tant sur la dimension visuelle que sur la dimension technique.

La première question est donc : « Ai-je le temps d’apprendre à modder mon ordinateur ? ».

Personnellement j’ai appris à modder mon ordinateur au moment où j’apprenais l’anglais technique sur le tas, et en particulier sur le wiki Archlinux, donc les conditions étaient vraiment les pires, notamment car la philosophie Archlinux est d’inclure les programmes directement depuis la source sans modifications, ce qui signifie qu’au moddage « graphique » proprement dit se sont ajoutés pêle-mêle la configuration de démons, la modification de fichiers systèmes (à commencer dès l’installation, avec les miroirs), etc.

En m’intéressant à la fois au BIOS, aux démons, à l’interface graphique, au CSS des sites web… je me suis complètement dispersé dans différentes spécialisations de l’informatique, nécessitant des compétences différentes (de l’installation de Libreboot avec une Beaglebone Black à la théorie des couleurs, en passant par la configuration de services systemd).

Un mod d'interface graphique peut avoir l'apparence suivante :

Modder un gestionnaire de fenêtres a deux axes, l'apparence proprement dite, et la configuration de programmes comme mpd/ncmpcpp (démons). Pour le premier axe, une règle fondamentale de conception d'interfaces est que l'esthétique ne doit pas se faire au détriment de la productivité. Pour le second, si l'on souhaite modifier des composants systèmes il est indispensable d'apprendre à le faire de manière sécurisée.

Je suggère de se concentrer sur ces éléments dans cet ordre :

  1. la sécurité,
  2. la productivité,
  3. l’aspect esthétique de l’interface graphique, et
  4. les démons.

À l’exception de l’installation des programmes nécessaires, modder une interface graphique ne devrait même pas nécessiter de privilèges d’administration, il suffirait de modifier des fichiers de configuration en local, typiquement .Xdefaults ou situés dans ~/.config. Mais avant de modder toute machine, qu’il s’agisse d’un ordinateur, d’une voiture, ou de votre perceuse préférée, il est quand même important d’avoir une vision d’ensemble de ses règles de sécurité.

Dans des systèmes d’exploitation Unix-like il s’agit principalement du principe de moindre privilège : un programme a les privilèges de l’utilisateur qui les exécute, donc il faudrait exécuter chaque programme avec le moins de privilèges possible, de sorte que pirater votre serveur mpd ne permettrait d’accéder qu’à votre musique et à votre playlist, pas à vos documents professionnels. Et donc pour ce faire de comprendre les notions de groupes, de privilèges, de droits de lecture/d’écriture/d’exécution, et ainsi les commandes chmod et chown.

Ensuite la dimension productive, car votre objectif reste de vous servir de votre ordinateur pour travailler, envoyer des documents administratifs, partager des photos de famille, etc. Il convient de se familiariser avec cette dimension avant de se disperser dans la dimension esthétique.

Cette dernière implique des compétences à la fois techniques et artistiques. Par exemple, comment faire pour que les fenêtres aient des coins arrondis ? Comment scripter le positionnement des fenêtres avec Xmonad (et qu’est-ce qu’une monade) ? Quelles couleurs associer au magenta ?

Un second axe sera celui des niveaux : un ordinateur est tellement complexe qu’on le considère en niveaux, le plus « bas » étant celui de la matière (l’architecture du processeur, les câbles sur lesquels circulent les informations, etc.) et le plus élevé étant l’utilisateur·ice, en passant par le noyau, les fichiers de configuration, l’interface graphique, etc.

Grosso modo et du plus bas au plus élevé :

  1. le processeur,
  2. le BIOS,
  3. le noyau,
  4. les démons,
  5. l’interface graphique,
  6. les applications graphiques (installées via Flatpak), et
  7. l’utilisateur·ice.

Chacune de ces couches implique des compétences différentes, par exemple je ne pense pas qu'un·e moddeur·euse d'interface graphique ait de grandes chances de pouvoir contribuer au code assembleur de Libreboot, mais il n'y a pas non plus de raison de penser qu'un·e dev de Libreboot puisse dessiner son propre fond d'écran.

Il ne s’agirait donc pas de se mettre sur son ordinateur et d’installer des programmes, de tenter des thèmes de couleurs, jusqu’à ce que les différents paramètres coïncident sur quelque chose qui nous plairait, mais au contraire d’aller dans une bibliothèque ou dans une librairie spécialisée et de lire des livres dans ces différents domaines.

Pour une première étape qui relèverait à la fois de l’apprentissage et de la familiarisation avec les systèmes Unix-like, une distribution comme Silverblue me paraîtrait adéquate : il s’agit de technologies émergentes pour Fedora, une distribution qui permet de télécharger une trentaine d’environnements de bureau et de gestionnaires de fenêtres, tout en permettant de revenir à n’importe quel moment sur une base système stable, et sur GNOME, un environnement intégré, développé par Red Hat (qui développe aussi Fedora), qui devrait fonctionner dans la plupart des circonstances.

Avec un degré suffisant de confiance en soi pour maintenir un système d’exploitation sécurisé et stable, et avec un degré suffisant de familiarité avec le fonctionnement de son gestionnaire de fenêtres, son démarrage et sa fermeture, ses concepts de base, ses fichiers de configuration, l'installation/la suppression/la mise à jour des programmes, la connexion aux réseaux wifi, le démarrage d’un navigateur… on peut passer sur Debian ou sur FreeBSD.

Pour aller plus loin :

Absolute FreeBSD, 3rd edition Teach Yourself Computer Science

6/100 #100DaysToOffload

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On parle désormais de « cancel culture ». Ce terme vient de l’extrême-droite américaine qui parle de « culture » dès qu’il s’agit de dénigrer un opposant politique, sans doute à destination de personnes qui ne comprennent pas ce dont il s’agit : le « marxisme culturel » rongerait les universités américaines et serait responsable des notes moins bonnes des étudiant·es conservateur·ices.

Il est vrai que des utilisateur·ices de Twitter ont des pratiques qui consistent à harceler collectivement un·e producteur·ice de contenus jusqu’à ce qu’ielle jette l’éponge. Je ne défends pas cette pratique (je pense que l’optimisation de l’engagement fait ressentir des émotions qui font penser d’une manière qui crée de la violence [1]). Mais il ne s’agit pas d’une « culture » mais justement de pratiques produites par une perpétuelle fuite en avant, une quête de communautés rendue matériellement impossible par Twitter.

Des blogueur·euses peuvent entretenir des relations en dehors de leurs blogs, par exemple s’inviter chez elleux à boire des citronnades ou se rencontrer lors de conférences. Les blogueur·euses, en général, parlent de pratiques exogènes à leurs blogs, c’est-à-dire de ce qu’ielles font en dehors de leur écriture : par exemple de conférences auxquelles ielles participent, ou de lancements de podcasts, etc. Le blog n’est pas conçu comme un medium de sociabilité au sens d’interaction directe, mais plus comme un média « social », au sens où il est censé être utile pour des pratiques sociales de la vie quotidienne comme éduquer ses enfants ou composer de la musique.

Je pense que Twitter est un média antisocial car sa quête de croissance économique illimitée, alimentée par notre consommation de publicités, crée un antagonisme en appauvrissant nos interactions sociales car l’« optimisation de l’engagement », c’est-à-dire de notre consommation de publicités, se fait à leur détriment. Je me suis rendu compte que les médias sociaux rendaient nos interactions plus brèves, plus émotionnelles, plus racoleuses ; et il en va de même pour la télévision qui suit ce modèle. Par ailleurs je ne pense pas que les limites du blog épargneraient Twitter, une plateforme de « microblog » : ce n’est donc pas, à mon avis et fort d’une regrettable expérience de 8 ans sur ce site, un espace conçu pour des interactions sociales directes.

En particulier, il n’y a sur Twitter aucune métaphore de coprésence spatiale : le terme de « salon » abonde sur l’internet, que l’on parle de « salon » Discord ou Matrix, ou d’un jeu de rôles en ligne, mais ce terme ou un autre du même acabit est inexistant sur Twitter. Il y a les « messages directs » qui permettent des discussions de groupe, mais je considère que les utilisateur·ices qui m’intéressent n’ont pas accès à cette fonctionnalité.

Je suppose que ces utilisateur·ices :

  1. cherchent à rejoindre des communautés pour devenir de meilleures personnes,

  2. substituent sur Twitter, à l’appartenance communautaire, des valeurs au nom desquelles ielles sont prêt·es à aller vers des pratiques extrêmes, y compris de manière auto-destructrice, et

  3. ont un rapport de peur, de contrainte, et de violence à l’identité d’autrui.

Apparaît donc une volonté de devenir une meilleure personne, à travers le rôle de noyaux intégrateurs joué par les communautés, et en dépit de ceux-ci à travers une forme de militantisme, au nom « du bien », délirant, et auto-destructeur.

La situation est différente sur le Fédivers car les logiciels de microblog les plus utilisés (Mastodon, Pleroma, Misskey…) affichent une timeline locale, hybridant le microblog avec la notion de communauté. En publiant à un niveau global, on publie également dans la TL de notre instance et les posts sont affichés par ordre chronologique avec un débit relativement faible. Le terme « TL locale » lui-même renvoie à une métaphore de coprésence spatiale.

Mais je pense que Twitter pourrait implémenter des communautés et même que son identité lui donnerait un avantage inégalable sur le terrain des médias sociaux. En me basant sur la proposition de Daniel Rakhamimov je pense qu’il serait possible pour des comptes Twitter certifiés d’ajouter un bouton « room » sur leurs profils, en regard du bouton follow/unfollow et accessible sur demande du compte à ses abonné·es, émulant, comme Discord le fait, un serveur IRC doté de modérateur·ices payé·es directement à Twitter de manière à compenser les pertes en revenus publicitaires. Ou plutôt une multitude d’émulations de serveurs IRC dont un est assigné, au hasard et définitivement, à un compte abonné, pour garder une taille raisonnable.

L’optimisation de l’engagement sur Twitter crée une culture de violence, et c’est ce qui « colore » les tentatives d’intégration de ses membres au sein de communautés fuyantes et seulement imaginées. Pire, la quête du « perçage » sur Twitter, du tweet à 15,000 partages, amène à concevoir les identités sociales séparément des performances, ce qui corrompt la conception du système de réputation au point de ne pas percevoir sa réputation personnelle ; mais cela entretient aussi un rapport de violence à autrui et donc une fuite de la réalité en ligne, c’est-à-dire un usage nocif de Twitter.

Pour en citer un utilisateur : « Personnellement c'est au travers de centres d'intérêt que j'ai fait la plupart des belles rencontres de ma vie, et c'est le cas de la plupart des gens que je fréquente. Passion des jeux, loisirs, militantisme, etc. »

[1] En anglais : geminiquickst.art – gemini://tilde.team/~contrapunctus/gemlog/star-wars-nvc

Ce billet de blog est le numéro 5/100 du défi #100DaysToOffload.

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J’essaie de libérer le nom de domaine afr.pm car je n’habite pas à Saint-Pierre-et-Miquelon, et je suis donc probablement beaucoup moins légitime pour utiliser ce nom de domaine qu’un·e habitant·e ou une institution (musée, restaurant…) de cette collectivité d’outre-mer.

J’ai hésité entre afr.social et un autre nom de domaine, notamment car le TLD .social est fréquemment utilisé par des médias sociaux « éthiques » clonant un modèle d’optimisation de l’engagement et de croissance économique infinie. Or certains aspects sont assainis (par exemple, Mastodon hybride les publications entre microblog et communautarisme, au sens de sentiments et de pratiques d’appartenance à une communauté, ce qui pallie largement les problèmes posés par les sphères sur Twitter) et certains ne le sont pas (par exemple les notifications pour les likes/partages implémentent des mécanismes d’optimisation de l’engagement et maintiennent des formes de jouissance de violence performative, quoique sous une forme largement atténuée).

Mais c’est justement pour cette raison que je veux souligner l’intelligence et la vitalité sous-jacentes au terme « social ». Les médias sociaux basés sur une croissance économique infinie optimisent infiniment pour le bruit (les publicités), au détriment du signal (des interactions sociales significatives). C’est pour nous faire consacrer plus de temps de cerveau disponible aux publicités que nous sommes incité·es à raccourcir nos publications Facebook et nos commentaires et que nos tweets sont limités à 280 caractères, comme les séries américaines sur TF1 sont amputées de scènes pour afficher plus de publicités. De même que la très libre adaptation par M6 du roman « Ils étaient 10 » d’Agatha Christie supprime le plot et donc l’intérêt du roman, et « scotche » l’utilisateur·ice à son écran avec son voyeurisme sur la mort, sur la cruauté des relations amoureuses – toujours ! – en accentuant jusqu’à une sorte de pornographie de la cruauté, de la folie, ou/et du handicap l’aspect irréductiblement irrationnel de ce sentiment, les QRT (retweets avec commentaires) poussent les utilisateur·ices de Twitter à auto-produire des contenus accrocheurs, finalement à racoler pour le compte de cette entreprise pour recevoir des likes ou des retweets.

Dans cette conception, les significations des mots « social » et « signal » sont entremêlées, et c’est ce signal que je tenterai d’optimiser sur ce blog. En écrivant peu et donc en vous prenant peu de temps (cet article fait 441 mots, soit un peu moins de 3 minutes de lecture). En supprimant l’envoi d’emails au profit des flux RSS. Et surtout, étant moi-même un ancien utilisateur de Twitter, en me réconciliant avec la lecture, un support qui m’a angoissé pendant de longues années. J’espère pouvoir transmettre ça à mes lecteur·ices.

Article 4/100 du défi #100DaysToOffload

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J’envoie cet article, puis je désactive l’envoi d’emails pour mes articles de blog.

Je pense que proportionnellement relativement peu de blogs méritent d’atterrir dans ma boîte mail, et que mon propre blog, qui participe au défi #100DaysToOffload, n’en fait pas partie. En fait, je ne voudrais même pas recevoir un email pour mes propres articles de blog.

Je patine un peu pour ce défi. Je ne peux pas prendre d’engagement sur la qualité, la pertinence, la richesse, et la concision de mes articles. Et de toute façon, je ne suis personne pour vous envoyer un email tous les trois jours pour vous dire que j’ai publié quelque chose.

Par ailleurs, je reçois moi-même des emails que je ne lis jamais, mais sans m’en désabonner par « peur de manquer quelque chose » (« FOMO »), des craintes irrationnelles attentivement entretenues par Facebook sous le nom d’optimisation de l’engagement. Je n’ai pas envie de provoquer ça chez mes lectrices.

En revanche vous pouvez vous abonner au flux RSS de ce blog. Un flux RSS est un fichier texte qui contient à la fois le titre de l’article de blog, sa date de publication, et l’ensemble de son contenu. Ce fichier texte est lu et interprété par un lecteur de flux RSS qui prend en charge son affichage, sans que vous ayez à vous soucier du thème du blog ou de sa police d’écriture.

Les flux RSS sont activés par défaut sur une bonne partie des sites web, dont WordPress, ce qui en représente déjà 40 % (sur tous les sites web, une bonne partie d’entre eux étant des blogs comme celui-ci). Write.as ne m’autorise de toute façon pas à désactiver les flux RSS.

La peur de manquer quelque chose impliquant de consommer le contenu dès qu’il est disponible, ça implique que l’envoi d’une newsletter pourrait vous faire prendre du retard sur votre organisation. Alors que l’usage d’un lecteur de flux RSS vous permettrait de lire mes billets lorsque vous en aurez vraiment le temps.

Concernant les lecteurs, le plus simple est de se créer un compte en ligne, pour synchroniser ses flux sur toutes ses machines (ne pas avoir à ajouter chaque flux sur son téléphone et sur son ordinateur). Nomagic fournit une instance TinyTinyRSS, en plus d’un paquet d’autres services, pour 24€ tous les 3 mois (15€ tous les trois mois si vous êtes en situation précaire). Il s’agit vraiment de contribuer à la facture des serveurs, le sysadmin hébergeait ces services d’abord pour lui-même puis a eu l’idée de les ouvrir au public (ce qui lui permet de payer pour plus de services). Ajoutons à ça qu’il est adorable.

Vous pouvez aussi suivre ce blog depuis le Fediverse (Mastodon, PeerTube, etc.), à l’adresse @afr-blog@afr.pm.

Article 3/100 du défi #100DaysToOffload.

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Pour mes études, je me suis re-créé un compte Twitter. Je cherchais des entretiens au sujet des médias sociaux. Je n’en ai trouvé aucun (mais 13 personnes m’en ont accordé un sur Mastodon). Quelqu’un a dit une bêtise au sujet du “pass culture” [1], je lui ai répondu, quelqu’un m’a dit que ma réponse en 26 tweets était très bonne et m’a suivi. Je me suis ensuite appliqué à la/le décevoir avec des fils (« threads ») creux et décousus.

Je n’ai pas la prétention de faire une analyse complète ici, mais j’ai remarqué que mes tweets baissaient en qualité car un bon « tweet », un message de 280 caractères qui prenne son épaisseur dans mon expérience et dans les régularités que j’ai constatées, ne nécessite aucun effort. Alors qu’à l’inverse je peux passer une demi-heure devant mon ordinateur – à prendre du retard sur mes engagements – pour répondre à quelqu’un que je ne connaissais pas au début de la journée, que je trouve stupide, et qui ne donnera aucune valeur à ma réponse [2].

J’essayais donc de faire de « bons tweets » de manière artificielle, car on structure une production artistique ou idéelle avec une matière exogène, ou pour le dire autrement qui vient de notre activité « hors-milieu ». Je ne diversifiais pas suffisamment mes moyens de communication pour utiliser Twitter de manière « saine », au contraire je pouvais faire des threads au contenu assez vide et mal structurés. Et il m’arrive encore aujourd’hui, une fois toutes les deux semaines, de me dire « tiens, cette phrase serait parfaite pour un compte Twitter ». Ce n’est pas grave, je perds quelques aphorismes et je gagne des heures chaque semaine que je peux consacrer à mon entourage, à lire, à me développer…

Je mentionnerai brièvement que supprimer mon compte Twitter me permet de me réapproprier mon temps justement et, par exemple, de consacrer toute mon attention à ma chatte quand elle miaule pour réclamer des caresses, plutôt que de la caresser d’une main et de tenir mon téléphone de l’autre. Justement parce que l’effort nécessaire pour écrire un article de blog ou un email donne un sens palpable à cette activité, plutôt qu’une illusion de sens dopée à la dopamine. On était quand même à deux doigts de la maltraitance et je suis très content de passer du temps avec elle, de savoir que je pourrai mettre l’écriture de cet article en pause parce que je peux justement prioriser entre cette activité et la caresser.

Par contraste, j’adore correspondre par emails. Je fais des efforts de contenu, de structure, de relecture pour les emails que j’envoie ; je peux y passer plusieurs heures, parce que j’aime cette manière de donner de la valeur à mes interlocutrices… et c’est une manière de reconstruire le sens que je donne à mon écriture, après Twitter.

Article 2/100 du défi #100DaysToOffload.

[1] La langue française est la langue de la République et des cours d’anglais, mais pas des moyens déployés par M. Macron pour sauver l’économie en dépit de la pandémie, apparemment.

[2] Cela dit en passant, si vous suivez des personnes qui QRT ce genre de publications pour les tourner en dérision, vous finirez par faire la même chose. Donc vous devriez vous en désabonner. Non ce n’est pas idéal, mais Twitter n’a rien d’idéal, c’est pour ça que j’ai supprimé mon compte.

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À l’Université Lumière Lyon 2, de nombreuses étudiantes auront la chance d’assister au cours « Normes et déviance » donné par Abir Krefa. Dans une séance, Abir Krefa présente la notion de carrières déviantes que l’on doit à Howard Becker, qui veut dire grosso modo que la déviance n’est pas un « état » dû à des causes que l’on pourrait trouver dans l’environnement familial, ou dans la psychologie du/de la déviant·e, mais un processus.

Abir Krefa a ensuite cité les travaux de Muriel Darmon qui a étudié l’anorexie comme un processus. De mémoire, 95 % des personnes anorexiques seraient des femmes. Darmon a étudié l’anorexie à travers des entretiens avec les personnes anorexiques, leurs parents, le personnel médical impliqué, etc. Mme Darmon a montré que l’anorexie était un processus composé de plusieurs étapes :

  1. Des injonctions à perdre du poids.
  2. Des instruments de mesure de perte du poids, tels que la balance, l’usage d’une ficelle, etc.
  3. La personne anorexique se mettra à apprécier la sensation du ventre vide. Parallèlement, elle se montrera assidue et attentive en cours.
  4. Éventuellement, elle peut être hospitalisée.
  5. Cette personne y survit (rétablissement) ou en meurt.

Lorsque Mme Krefa a fini son exposé, je lui ai demandé quelle était la meilleure manière d’aider une personne anorexique. Elle m’a répondu que la meilleure chose à faire était de ne pas faire d’injonctions à perdre du poids.

1/100 #100DaysToOffload

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