Pourquoi mes tweets ont graduellement baissé en qualité

Pour mes études, je me suis re-créé un compte Twitter. Je cherchais des entretiens au sujet des médias sociaux. Je n’en ai trouvé aucun (mais 13 personnes m’en ont accordé un sur Mastodon). Quelqu’un a dit une bêtise au sujet du “pass culture” [1], je lui ai répondu, quelqu’un m’a dit que ma réponse en 26 tweets était très bonne et m’a suivi. Je me suis ensuite appliqué à la/le décevoir avec des fils (« threads ») creux et décousus.

Je n’ai pas la prétention de faire une analyse complète ici, mais j’ai remarqué que mes tweets baissaient en qualité car un bon « tweet », un message de 280 caractères qui prenne son épaisseur dans mon expérience et dans les régularités que j’ai constatées, ne nécessite aucun effort. Alors qu’à l’inverse je peux passer une demi-heure devant mon ordinateur – à prendre du retard sur mes engagements – pour répondre à quelqu’un que je ne connaissais pas au début de la journée, que je trouve stupide, et qui ne donnera aucune valeur à ma réponse [2].

J’essayais donc de faire de « bons tweets » de manière artificielle, car on structure une production artistique ou idéelle avec une matière exogène, ou pour le dire autrement qui vient de notre activité « hors-milieu ». Je ne diversifiais pas suffisamment mes moyens de communication pour utiliser Twitter de manière « saine », au contraire je pouvais faire des threads au contenu assez vide et mal structurés. Et il m’arrive encore aujourd’hui, une fois toutes les deux semaines, de me dire « tiens, cette phrase serait parfaite pour un compte Twitter ». Ce n’est pas grave, je perds quelques aphorismes et je gagne des heures chaque semaine que je peux consacrer à mon entourage, à lire, à me développer…

Je mentionnerai brièvement que supprimer mon compte Twitter me permet de me réapproprier mon temps justement et, par exemple, de consacrer toute mon attention à ma chatte quand elle miaule pour réclamer des caresses, plutôt que de la caresser d’une main et de tenir mon téléphone de l’autre. Justement parce que l’effort nécessaire pour écrire un article de blog ou un email donne un sens palpable à cette activité, plutôt qu’une illusion de sens dopée à la dopamine. On était quand même à deux doigts de la maltraitance et je suis très content de passer du temps avec elle, de savoir que je pourrai mettre l’écriture de cet article en pause parce que je peux justement prioriser entre cette activité et la caresser.

Par contraste, j’adore correspondre par emails. Je fais des efforts de contenu, de structure, de relecture pour les emails que j’envoie ; je peux y passer plusieurs heures, parce que j’aime cette manière de donner de la valeur à mes interlocutrices… et c’est une manière de reconstruire le sens que je donne à mon écriture, après Twitter.

Article 2/100 du défi #100DaysToOffload.

[1] La langue française est la langue de la République et des cours d’anglais, mais pas des moyens déployés par M. Macron pour sauver l’économie en dépit de la pandémie, apparemment.

[2] Cela dit en passant, si vous suivez des personnes qui QRT ce genre de publications pour les tourner en dérision, vous finirez par faire la même chose. Donc vous devriez vous en désabonner. Non ce n’est pas idéal, mais Twitter n’a rien d’idéal, c’est pour ça que j’ai supprimé mon compte.

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